D’après toi, ta vie est une suite d’objectifs à atteindre, de résultats à produire, ou bien une succession continue d’expériences à traverser ?

On a souvent tendance à se placer dans l’une ou l’autre de ces catégories. Pendant un temps, nous avons l’impression que ça fonctionne. Puis, progressivement, quelque chose se dérègle. Avancer nous demande de plus en plus d’effort, sans pour autant que cela nous aide à avancer plus vite.

Le problème ne vient pas forcément de nos actions, ni même de nos choix. Souvent, il vient du cadre à partir duquel nous interprétons ce que nous vivons.

En effet, nous sommes confrontés en permanence à deux logiques opposées :

  • des situations qui demandent d’atteindre un objectif clair,
  • et d’autres qui demandent surtout d’être vécues, cultivées, poursuivies dans le temps.

Ces deux manières d’agir ont été modélisées, dans la théorie des jeux, sous deux formes très différentes : les jeux finis et les jeux infinis.

C’est ce que je te propose de découvrir dans cette vidéo. Non pas pour augmenter ta connaissance théorique, mais pour comprendre pourquoi certains modes de fonctionnement t’aident à avancer… et d’autres, au contraire, finissent par t’épuiser.


Jeux finis, jeux infinis de James P. Carse

James P. Carse était professeur d’histoire des religions et de philosophie à l’université de New York. Au lieu de s’intéresser aux comportements ou aux stratégies individuelles, il s’est plutôt attaché à comprendre les cadres invisibles à partir desquels les êtres humains agissent et donnent du sens à ce qu’ils font. 

En particulier, d’après lui, toute activité humaine peut être comparée à un jeu.

Dans son livre « Jeux finis, jeux infinis » James P. Carse explique que l’on peut identifier deux grandes catégories de jeux, avec chacune des règles, des finalités et des caractéristiques bien précises.

Certains jeux sont finis. Ils ont des critères de réussite définis à l’avance, des règles stables, des limites claires. Ici, on joue pour gagner, et lorsqu’un résultat est atteint, le jeu s’arrête.

D’autres jeux sont infinis. Eux n’ont pas de ligne d’arrivée définitive. En fait, on n’y joue pas pour gagner, mais pour que le jeu continue. Dans ce cadre, les règles peuvent évoluer, les rôles se transformer, les frontières se déplacer.

Il n’y a pas, en soi, un type de jeu supérieur à l’autre. Le problème apparaît lorsque l’on applique les règles d’un jeu à un domaine qui ne s’y prête pas, et que l’on essaie de forcer un mode de fonctionnement qui n’est pas adapté.

Dans la suite de cette vidéo, je te propose de mieux comprendre les caractéristiques et le fonctionnement des jeux finis et des jeux infinis, afin d’en tirer le meilleur parti dans les différents domaines de ta vie.

Les jeux finis

Comparer les activités humaines à des jeux ne veut pas dire qu’elles ont toutes comme objectif de s’amuser. Cela permet surtout de mettre en lumière ce que l’on peut s’attendre dans certaines situations : les comportements à tenir, les règles implicites à suivre, la manière la plus juste d’évaluer ce qui se passe.

La finalité précise d’un jeu fini est de gagner, d’atteindre un certain résultat. Quand cela arrive, ou après un temps défini, le jeu s’arrête. Dans ce type de jeu, on a des règles stables et connues à l’avance, des objectifs clairement définis, et une structure claire avec un début, une fin, et un résultat obtenu.

Dans la vie de tous les jours, cela s’applique aux situations dans lesquelles savoir quand c’est terminé est essentiel. Par exemple : un match sportif, un examen ou un concours, un projet avec un cahier des charges, un budget et une date de livraison.

Quand on essaie de jouer à un jeu fini avec des règles infinies, les possibles conséquences sont le manque de direction, l’indécision, voire l’évitement.

À l’inverse, quand on suit les règles qui lui correspondent, un jeu fini devient clair et efficace.

Les objectifs sont lisibles, les attentes explicites, les critères de réussite connus à l’avance.
L’énergie peut se concentrer sur l’action elle-même, sans des remises en question ou des hésitations permanentes.

Les jeux infinis

Contrairement aux jeux finis, les jeux infinis ne visent pas à atteindre une victoire finale. La finalité unique poursuivie est de faire continuer le jeu à l’infini.

Dans ce cas, on n’a pas de ligne d’arrivée clairement identifiée, les règles et les rôles évoluent au fur et à mesure que le jeu avance.

Dans la vie de tous les jours, cela s’applique aux situations où on ne saura pas dire que “c’est fait une fois pour toutes. Des exemples concrets de jeux infinis sont les relations de couple ou d’amitié, une pratique artistique ou intellectuelle, ou l’apprentissage d’un instrument de musique ou d’une langue étrangère.

Avoir à l’esprit l’existence de ce type de jeu permet de se rappeler que certaines dimensions de la vie ne se jouent pas sur la performance ou la victoire.

Elles ne s’évaluent pas sur un résultat mesurable, visible et définitif.

Ces activités s’apprécient dans le temps, la qualité de présence, l’évolution.

Quand on applique à un jeu infini les règles d’un jeu fini, ces conséquences ne tardent pas à apparaître : un sentiment d’agitation et de pression excessive, l’impression d’être toujours en retard et de ne jamais en faire assez.

À l’inverse, lorsqu’un jeu infini est abordé avec les règles qui lui correspondent, la relation à l’action se transforme profondément.

Il n’y a plus de pression à conclure, ni d’urgence à prouver que quelque chose est « réussie ». L’attention se déplace du résultat vers la qualité du mouvement, de la présence et de la continuité.

Cela permet d’accepter les phases de doute, de ralentissement ou de transformation, inévitables dans plusieurs dimensions de notre vie, sans les vivre comme des échecs.

Ce cadre n’est pas moins exigeant ; il est juste plus souple, et donc plus durable.

Ce qui compte réellement, ce n’est pas de choisir entre jeux finis et jeux infinis. Il n’y a pas un type de jeu plus noble que l’autre, il n’existe pas une hiérarchie éthique ou morale entre les deux.

Le plus important, c’est de comprendre quel type de jeu est réellement en train de se jouer dans un domaine donné, et d’ajuster le cadre.

La vie est faite d’une combinaison de ces deux types de jeux, et beaucoup de tensions disparaissent lorsqu’on cesse d’utiliser les règles d’un jeu là où l’autre est à l’œuvre.

A quel jeu tu joues ?

Une confusion subtile risque d’apparaître dès que l’on apprend à distinguer entre jeux finis et jeux infinis. Non pas sur le type de jeu auquel on joue réellement, mais celui auquel on pense être en train de jouer.

Le cadre mental que nous utilisons pour analyser la situation, prendre des décisions, et agir, ne coïncide pas toujours avec la situation réelle.

Cette confusion est rarement consciente. Le plus souvent, elle s’installe quand nous sommes engagés dans une activité de type “jeu infini” tout en agissant comme s’il s’agissait d’ un jeu fini.

On essaie de forcer des règles de victoire, de performance ou de conclusion dans des domaines qui, par nature, ne se terminent pas.

On se comporte comme si on devait « réussir » une relation, « valider » des choix de vie, ou « atteindre » une version définitive de soi-même.

Et à ce moment, nous ressentons un malaise.

De manière erronée, on associe ce malaise à la situation elle-même, comme si nos choix ou nos actions étaient un échec. En réalité, ce malaise est la conséquence d’une mauvaise posture.

Nos choix et nos actions sont soumis à une pression qui ne sera jamais satisfaite : celle de vouloir gagner, d’arriver quelque part, une bonne fois pour toutes.

Au lieu de profiter du mouvement continu qui caractérise les jeux infinis, au lieu d’être présent à l’expérience elle-même, nous finissons par adopter une posture de jugement sur ce que nous vivons.

Nous essayons de jouer à un jeu infini comme s’il fallait le terminer le plus tôt possible.

Reconnaître la vraie nature du jeu que l’on croit jouer crée déjà une marge de manœuvre qui fait retomber la pression. Non pas pour décider immédiatement d’un changement, mais juste pour comprendre la vraie cause des frustrations et du poids émotionnels que nous ressentons.

Gagner ou continuer à jouer

A ce stade, la question de l’intention devient fondamentale. Dans une activité que nous réalisons, dans une situation que nous vivons, quel est le bon objectif à poursuivre ?

Est-ce que tu veux gagner, ou est-ce que tu souhaites continuer à jouer ?

Dans un jeu fini, les efforts, les stratégies et les sacrifices sont orientés vers un objectif précis : gagner. Lorsque la victoire est atteinte — ou que la défaite est reconnue — le jeu s’achève.

Gagner (ou perdre) permet de conclure ce qui est en cours.

Mais dans un jeu infini, la logique est différente. Chercher à gagner n’a plus de sens, car il n’y a pas de fin définitive. Introduire la notion de victoire dans ce type de jeu revient à lui imposer une ligne d’arrivée artificielle.

Clarifier notre intention transforme profondément notre rapport à l’action. Dès que l’on cherche à gagner dans un jeu infini, chaque étape devient un test. Chaque moment est évalué en fonction de ce qu’il produit, et non de ce qu’il permet de ressentir.

Agir dans cette posture crée une tension difficile à porter dans la durée : devoir prouver en permanence que l’on avance dans la bonne direction.

Cela transforme aussi notre rapport au temps. Le présent est vécu comme un moyen vers une fin, et non pas comme un moment à vivre pleinement. Au lieu d’être dans un mouvement continu, l’action se fragmente dans une série de résultats à atteindre.

Dès que l’on prend conscience qu’une situation donnée répond aux règles d’un jeu infini, et que l’on déplace l’objectif de gagner dans celui de continuer à jouer, notre posture intérieure change profondément.

On arrête de chercher à tout prix de parvenir à un état final. Nous essayons à la place de rendre l’engagement possible et durable dans le temps.

Ce changement de posture n’implique pas d’abandonner l’exigence, ou de renoncer à toute structure. Juste, on oriente nos choix vers la capacité à durer, à s’adapter, à transformer les règles si nécessaire.

Le cadre plutôt que l’effort

Lorsque l’on a l’impression que les résultats tardent à arriver, le réflexe le plus courant est de se tourner vers l’effort. Faire plus. Insister davantage. Se corriger.

Mais si on a du mal à avancer à cause d’un frein intérieur, il est rare que le problème soit notre engagement. Le plus souvent, il vient du cadre de jeu dans lequel nous agissons.

Nous appliquons un type de jeu à une situation de manière souvent implicite. Et à partir de là, nous analysons et évaluons ce qui se passe et ce que nous devons faire à partir de ce cadre. Face à une difficulté, nous avons tendance à l’interpréter comme un manque personnel : un manque de discipline, de constance ou de courage.

L’effort est notre tentative de compensation.

Afin de clarifier la situation, et choisir le type de jeu adapté, voici une première question à se poser : est ce qu’il y a ici une ligne d’arrivée claire ?

Si oui — un résultat précis, une échéance, un critère de réussite identifiable — il s’agit probablement d’un jeu fini. Si non, s’il s’agit plutôt de cultiver une relation ou une pratique, de maintenir un engagement dans le temps, alors il est probable que l’on se trouve dans un jeu de nature infinie.

Et pour affiner le diagnostic, voici une deuxième question : quelle est la cause de ma fatigue ?

Est-ce que c’est l’effort lui‑même, ou c’est plutôt le sentiment de faire du sur place alors qu’on essaie sans cesse de terminer, ajuster, ou évaluer quelque chose qui se répète indéfiniment ?

Changer de cadre consiste à réorienter notre intention :

  • Dans un jeu fini, cela signifie clarifier les règles, préciser les objectifs et accepter que, à un moment donné, le jeu se termine.
  • Dans un jeu infini, cela implique de relâcher la recherche de victoire, et de porter l’attention sur ce qui rend l’engagement soutenable : rythme, continuité, capacité d’ajustement.

Une fois que l’on adopte l’approche adaptée au type de jeu réellement en cours, l’action cesse d’être une lutte contre soi, et redevient un véritable soutien pour avancer.

La coexistence des jeux finis et infinis

Pour terminer, il est essentiel d’éviter le piège de croire qu’il faut choisir entre jeu fini et jeu infini, comme s’il s’agissait de deux visions incompatibles de la vie.

Or, dans la plupart de nos expériences, nous traversons les deux à la fois. Nous ne vivons pas dans un seul jeu, mais dans une combinaison de cadres qui coexistent, se superposent, parfois se contredisent.

Certains domaines gagnent à être abordés comme des jeux finis. Ils demandent de la clarté, des décisions, des objectifs atteignables et, à un moment donné, une conclusion.

Et exactement au même moment, d’autres relèvent d’un jeu infini : ils ne se résolvent pas une fois pour toutes, mais se cultivent, se transforment et se poursuivent dans le temps.

Essayer d’appliquer systématiquement un seul cadre finit par créer de la tension.

Certes, reconnaître la coexistence de ces jeux finis et infinis ne permet pas d’appliquer sans réfléchir une seule solution toute faite. La question “quel jeu est le bon ?” risque de nous disperser.

Une meilleure question est : quel jeu est en train de se jouer ici ?

En abandonnant l’illusion que tous les domaines de notre vie obéissent à un seul et même cadre, nous adoptons une compréhension plus claire et plus juste de notre existence.

Voilà, tu connais désormais le cadre de pensée que James P. Carse partage dans son livre “Jeux finis, jeux infinis”.

Ce modèle montre clairement pourquoi il ne peut pas exister une seule réponse pertinente et définitive ni sur la manière de vivre, ni sur les choix à faire.

Un bon point de départ est déjà de reconnaître le bon cadre. Avant de s’imposer des choix compliqués : est-ce que je dois changer de vie ? est-ce que je dois faire plus d’effort ? Est-ce que je dois prendre des décisions radicales ?

Il convient commencer par s’assurer d’avoir la bonne compréhension et d’utiliser le bon cadre, selon la situation que nous rencontrons.


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