Qu’est-ce qui arrive ponctuellement, à chaque fin d’été ? La fin des vacances, bien sûr. La rentrée scolaire, aussi. Mais, pour beaucoup de monde, c’est également le retour d’une nouvelle liste de bonnes résolutions.
Certains parlent de leur inscription à la salle de sport lors de l’apéro. D’autres décident de se remettre à la méditation ou de faire plus attention à leur alimentation. Peut-être que toi aussi, dans les prochains jours, tu vas faire la liste de tes bonnes résolutions. Pourtant, pour 95 % des gens, la plupart seront oubliées avant même Noël. Feras-tu partie de ces 95 %, ou des 5 % qui réussissent réellement à s’y tenir ?
Si tu t’attends à une nouvelle méthode miracle pour « tenir tes résolutions », tu seras déçu. Ce serait te mentir, car le véritable problème n’est jamais la méthode.
Je veux plutôt te montrer pourquoi ce rituel de rentrée échoue presque à chaque fois et partager avec toi ce qui fonctionne vraiment. Pour cela, je vais m’appuyer sur deux moments très concrets de mon expérience personnelle. L’un remonte à dix ans ; l’autre se joue en ce moment même.
Le piège des résultats
On a tous fait cela au moins une fois. Au début du mois de septembre, on écrit une liste :
- Je vais me remettre au sport.
- Je vais enfin lancer ce projet.
- Je vais publier plus régulièrement sur les réseaux.
On pense toujours aux résultats, aux destinations que nous aimerions atteindre.
James Clear, expert de la mise en place des habitudes, explique qu’il existe trois niveaux de changement, un peu comme des poupées russes :
- Le résultat, qui correspond au niveau de surface.
- Le processus, c’est-à-dire le comportement qui se cache dessous.
- L’identité, le niveau le plus profond, qui implique les convictions que nous avons sur la personne que nous sommes.
La plupart des résolutions de rentrée restent bloquées au premier niveau. Voilà pourquoi elles ne survivent pas à un mois compliqué : la fatigue s’accumule, la charge de travail dépasse ce que nous avions anticipé ou, tout simplement, la vie reprend son rythme normal.
Se remettre au sport, publier sur les réseaux ou lancer un projet sont des résultats. Si nous n’y arrivons pas, cela ne signifie pas que nous sommes trop ambitieux — ni que nous sommes incapables. Nous ne nous sommes simplement pas posé la bonne question : qui dois-je devenir pour que ce résultat soit une conséquence normale de ma vie, plutôt qu’un exploit ponctuel ?
Tu as peut-être déjà tenu une résolution pendant trois semaines, avec toute ta détermination. Puis un imprévu est arrivé et a tout fait dérailler. Malgré ta frustration, tu n’as jamais repris.
J’ai moi aussi vécu cette différence entre viser un résultat et construire une identité.
Devenir quelqu’un qui publie chaque semaine
Le premier moment a construit tout ce que je fais aujourd’hui.
Les toutes premières vidéos de Mind Parachutes sont apparues en mars 2016. J’avais découvert le concept d’une chaîne anglaise que j’avais adoré et j’avais décidé de proposer la même chose en français : des synthèses animées de livres sur l’entrepreneuriat et les finances personnelles.
Je voulais faire un excellent travail et j’y mettais tout mon soin. Résultat : deux ou trois semaines pouvaient passer entre deux vidéos, selon mon emploi du temps, mon inspiration et mon énergie.
Je n’étais pas le seul à avoir eu cette idée. Une autre personne avait lancé une chaîne reprenant exactement le même concept. Il nous est même arrivé de publier la synthèse du même livre presque au même moment. De temps en temps, j’allais donc regarder ce que cette chaîne faisait — et, sans trop de honte à le dire, à quel rythme elle recrutait de nouveaux abonnés par rapport à moi.
À l’été 2016, mon ego a été piqué dans le vif : en quelques mois à peine, cette chaîne avait obtenu quatre à cinq fois plus d’abonnés que la mienne.
Au début, je l’ai plutôt mal pris. J’étais persuadé — et je le pense encore aujourd’hui, même si je ne suis sans doute pas totalement objectif — que la qualité de mes synthèses était meilleure. Je me suis alors demandé, avec un peu d’amertume : qu’est-ce qui permet à cette personne d’obtenir ces résultats, et pas à moi ?
La réponse était d’une simplicité presque frustrante. Le problème ne venait ni de mon talent, ni de la qualité du contenu, ni du choix des sujets.
Moi, je publiais une vidéo toutes les deux ou trois semaines, quand je m’en sentais capable. Lui en publiait une chaque semaine, sans exception.
Les résultats que j’avais sous les yeux étaient simplement la conséquence d’un comportement que cette personne avait adopté et que je n’avais pas encore.
J’aurais pu me fixer un nouvel objectif : publier plus souvent ce trimestre. Une résolution de plus sur ma liste de rentrée. Je te garantis qu’elle n’aurait pas tenu plus longtemps que les autres.
À la place, j’ai décidé que, si je voulais obtenir ces résultats, je devais devenir la personne qui adoptait ce comportement. Pas « essayer de publier plus », mais devenir quelqu’un qui publie chaque semaine. Point final. Aucune négociation possible avec moi-même.
À partir de la rentrée 2016, je n’ai plus accepté aucune excuse. J’ai mis mon réveil à 6 heures tous les matins pour avancer sur mes vidéos. Je me couchais tôt afin de ne pas être trop fatigué le lendemain. Et même certains dimanches d’hiver où je n’en avais clairement pas envie, une nouvelle vidéo devait sortir à 9 heures précises.
Les bonnes raisons ne manquaient pas, mais il n’était pas question de reporter d’une semaine. La vidéo devait sortir.
Ce n’était plus une discipline que je m’imposais chaque semaine au prix d’un effort de volonté. C’était devenu qui j’étais : le Matteo qui publie chaque semaine, indépendamment de son humeur.
Cet engagement, tenu semaine après semaine pendant les dix années suivantes, m’a permis de développer une véritable activité derrière cette chaîne, puis de devenir entrepreneur à temps plein.
Transformer une intention en comportement précis
Le deuxième moment, je ne vais pas te le raconter avec dix ans de recul. Je suis en plein dedans, en ce moment même.
Il y a eu des périodes de ma vie où courir régulièrement faisait partie de mon quotidien, presque sans effort. Je suis d’ailleurs fier d’avoir couru et terminé trois marathons. Mais, depuis quelques années, ce n’est plus le cas.
À chaque rentrée — et à chaque Nouvel An — je me faisais la même promesse : cette fois, je m’y remets vraiment. Chaque fois, une excuse parfaitement raisonnable finissait par prendre le dessus : une charge de travail importante, une échéance à respecter ou la fatigue du moment.
Cette année, j’ai enfin compris pourquoi je n’y arrivais pas. Je traitais cette intention exactement comme une résolution classique : « être quelqu’un qui fait du sport », sans jamais décider concrètement quand ni comment.
Tant que nous définissons seulement un résultat que nous ne pouvons pas piloter directement, nous pouvons uniquement constater après coup si nous l’avons atteint. Nous ne pouvons pas le construire à l’avance.
Dans Les 4 disciplines de l’exécution, Chris McChesney, Jim Huling et Sean Covey proposent une distinction particulièrement utile :
- les indicateurs de résultat, comme le poids affiché sur une balance ;
- les indicateurs prédictifs, que nous pouvons réellement contrôler au quotidien, comme le nombre de séances de sport effectuées chaque semaine.
Le piège consiste à consacrer l’essentiel de notre énergie mentale à ce que nous ne pouvons jamais piloter directement.
Cette fois, j’ai donc fait autrement. Je n’ai pas simplement déclaré : je vais courir plus souvent, promis. J’ai pris des décisions précises :
- courir quatre fois par semaine ;
- parcourir cinq kilomètres à chaque séance ;
- sortir courir à midi, sur un créneau non négociable.
Pas le matin : dix années d’expérience m’ont montré que je n’y arrive tout simplement pas. Pas le soir non plus : une journée de travail comporte trop d’imprévus pour pouvoir sérieusement compter dessus.
Le midi.
Désormais, je ne prends plus aucun rendez-vous, appel ou engagement professionnel pendant ce créneau. Il est bloqué au même titre qu’un rendez-vous avec un client important.
Pour que cette décision ne reste pas confortablement cachée dans ma tête, je l’ai annoncée à plusieurs personnes autour de moi. Je suis d’ailleurs en train de faire la même chose avec toi.
Ce n’est pas parce que j’ai besoin d’être surveillé comme un enfant. C’est parce qu’un engagement secret est infiniment plus facile à trahir en silence qu’un engagement prononcé devant quelqu’un d’autre.
Voilà l’idée clé : ce n’est pas la course à pied, en elle-même, qui va changer quoi que ce soit dans ma vie. C’est le fait d’avoir remplacé un résultat flou et lointain par une décision précise : quand, où et devant qui je m’engage.
Et si je t’implique dans cette histoire, alors que Mind Parachutes parle principalement de productivité et d’entrepreneuriat, c’est parce que le temps investi à courir le midi est largement récupéré en énergie et en clarté pendant le reste de ma journée.
Prendre soin de mon corps n’est pas une parenthèse en dehors de mon entreprise. C’est un investissement dans mon entreprise, au même titre qu’un investissement financier.
Quand une bonne excuse devient du sabotage
Il reste un dernier point, souvent complètement ignoré au moment de la rentrée.
Lorsque tu prends un véritable engagement d’identité — pas seulement un objectif vague, mais une décision réelle sur la personne que tu veux devenir — attends-toi à réveiller une peur particulière : la peur de réussir.
Contrairement à une résolution floue posée sur un coin de table, un engagement d’identité a de fortes chances de fonctionner. Il peut donc réellement te faire avancer vers un endroit où une partie de toi n’est peut-être pas encore prête à aller.
Tu peux alors commencer à saboter ta décision de manière évidente. Mais, la plupart du temps, le sabotage se présente sous une forme discrète et parfaitement raisonnable : un imprévu important de dernière minute, une responsabilité familiale ou professionnelle impossible à repousser.
Ce sabotage possède un sens incroyable du timing : il apparaît précisément au moment où l’engagement doit être tenu pour de vrai.
Le seul antidote que je connaisse se déroule en deux temps :
- Nommer le sabotage à voix haute dès que tu le remarques. Pas quelque temps après, mais au moment précis où tu en prends conscience : « Là, je suis en train de me trouver une bonne excuse. »
- Entreprendre une petite action alignée avec la personne que tu veux devenir. Deux minutes peuvent suffire. Demande-toi : « Que ferait la personne que je suis en train de devenir dans cette situation ? »
Cette méthode permet de reconnaître le sabotage pour ce qu’il est : un mensonge qui essaie de nous convaincre que nous avons devant nous une bonne raison, et non une excuse.
La plupart du temps, nommer le sabotage et entreprendre une action de seulement deux minutes suffisent pour ne pas déraper.
Ce qu’il faut retenir cette rentrée
Si tu ne dois retenir qu’une seule chose, c’est celle-ci : arrête de te fixer uniquement des résultats pour cette rentrée.
Décide d’abord qui tu veux être, qui tu veux devenir. Choisis ensuite les comportements précis associés à cette identité. Détermine exactement l’heure et le lieu où tu vas les réaliser. Et, pour mettre toutes les chances de ton côté, partage ces décisions à voix haute avec quelqu’un.
C’est ce que j’ai fait il y a dix ans avec Mind Parachutes, sans savoir où cela me mènerait. C’est ce que je suis en train de faire aujourd’hui avec la course à pied.
Alors dis-moi : cette rentrée, quelle identité es-tu en train de construire — et à quelle heure précise commence-t-elle vraiment dans ta journée ?
J’ai hâte de te lire.
À très vite pour de nouvelles idées !

